Communiqué de presse
Une analyse rigoureuse et fondée sur des preuves pour éclairer les politiques publiques.
Transformer les données en connaissances exploitables pour élaborer des politiques migratoires plus justes et plus efficaces.
CEUTA ET MELILLA : SE PRÉPARER À UNE CRISE QUI NE DOIT PAS NOUS SUBMERGER À NOUVEAU
Depuis plusieurs jours, Ceuta enregistrait une augmentation constante du nombre de personnes traversant la frontière à la nage depuis le Maroc. La pression s’intensifiait autour des digues de Tarajal et de Benzú, la majorité des arrivants étant des adolescents marocains et de très jeunes hommes. Le 30 juillet, toutefois, la situation a pris des proportions alarmantes : des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière par voie maritime et terrestre en quelques heures seulement, dépassant largement les capacités des autorités et des services d’accueil d’une ville qui ne compte que 84 000 habitants.**
Les chiffres restent provisoires et doivent être interprétés avec prudence. Le ministère de l’Intérieur a estimé qu’environ 50 000 personnes étaient entrées illégalement sur le territoire espagnol et a indiqué qu’environ la moitié d’entre elles étaient ensuite retournées au Maroc. Des dizaines de décès ont également été recensés, principalement par noyade, ainsi que de nombreux blessés. La pression s’est ensuite déplacée vers Melilla, où les autorités locales ont estimé qu’entre 300 et 400 personnes étaient entrées depuis le Maroc.**
Ce qui s’est produit constitue une crise frontalière et humanitaire d’une gravité exceptionnelle. La priorité immédiate doit être de prendre en charge les blessés, d’identifier les personnes entrées sur le territoire et de rétablir le fonctionnement normal des postes-frontières. Mais il est également nécessaire d’analyser pourquoi un mouvement d’une telle ampleur n’a pas été anticipé et ce qui aurait pu se produire si le profil et la nationalité des personnes arrivées avaient été différents.**
## UNE CRISE PRÉCÉDÉE DE SIGNES AVANT-COUREURS
L’arrivée massive n’est pas survenue totalement à l’improviste. Au cours de la semaine précédente, environ 1 500 personnes avaient déjà atteint Ceuta à la nage, tandis que les services d’accueil et de protection de l’enfance commençaient à être débordés. Le ministère de l’Intérieur soutenait alors que certains réseaux exploitaient un récent arrêt de la Cour suprême et diffusaient une interprétation erronée selon laquelle l’Espagne ne pouvait plus renvoyer les personnes ayant atteint la ville par la mer.**
L’arrêt de la Cour suprême n’a pourtant reconnu aucun droit d’entrer ou de demeurer en Espagne. Il a simplement établi que le régime exceptionnel des refoulements à la frontière, prévu pour Ceuta et Melilla, ne pouvait pas être appliqué automatiquement à une personne interceptée en mer. Dans ces situations, les autorités doivent identifier la personne, examiner sa situation, lui permettre de demander une protection internationale et, le cas échéant, appliquer la procédure ordinaire de retour. Le problème est qu’une question juridique complexe a été réduite sur les réseaux sociaux à un message très simple : toute personne parvenant à la nage sur les côtes espagnoles ne serait plus renvoyée. Face à cette interprétation, l’Espagne aurait dû réagir immédiatement en renforçant la surveillance maritime, en expliquant publiquement la portée réelle de cette décision en arabe et en dari, et en préparant des équipes supplémentaires chargées de l’identification et des retours.
La principale leçon à retenir est l’importance de l’anticipation. Une fois que des milliers de personnes se rassemblent et commencent à se déplacer simultanément, la situation devient presque impossible à gérer sans risques majeurs pour les migrants, les forces de l’ordre et la population locale. Des mesures décisives doivent être prises avant que la traversée ne commence, dès l’apparition des appels à l’action sur les réseaux sociaux, des premiers mouvements et des rassemblements près de la frontière. L’Espagne doit analyser pourquoi un mouvement de cette ampleur n’a pas été prévu et déterminer les changements nécessaires pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise.**
## LE PROFIL DES PERSONNES ARRIVÉES
Les images montrent que la majorité des arrivants sont des adolescents marocains et de très jeunes hommes. Beaucoup viennent de Castillejos (Fnideq) et d’autres villes du nord du Maroc, tandis que certains ont également parcouru de longues distances depuis d’autres régions du pays. Ils ne correspondent pas nécessairement au profil des migrants qui passent des mois à emprunter les routes du Sahel et du désert sous le contrôle des réseaux de trafic. Dans de nombreux cas, il s’agit de déplacements rapides effectués à l’intérieur même du territoire marocain. Le taux de chômage des jeunes au Maroc s’élevait à environ 29 % chez les 15 à 24 ans au premier trimestre 2026. À cela s’ajoutent des conditions de vie précaires, des inégalités régionales, le décrochage scolaire, le manque de perspectives et une vision idéalisée de l’Europe constamment véhiculée sur les réseaux sociaux.**
Comprendre ces facteurs signifie reconnaître que la réponse ne peut se limiter au seul contrôle policier. Lorsque des milliers de jeunes considèrent qu’entreprendre une traversée maritime constitue une option raisonnable, il existe également un problème d’ordre social, économique et lié aux perspectives d’avenir de l’autre côté de la frontière. L’un des sujets les plus préoccupants est le nombre élevé de personnes affirmant être mineures. L’Espagne doit mettre en place des procédures rigoureuses, harmonisées et rapides d’évaluation de l’âge. Lorsqu’il existe un doute raisonnable, il appartient au ministère public d’ordonner les mesures nécessaires, en collaboration avec les professionnels de santé. L’accumulation des dossiers non résolus nuit aux enfants eux-mêmes, qui ont besoin de protection, car elle mobilise des places, consomme des ressources et retarde les décisions concernant leur avenir.**
En outre, même lorsqu’une personne est effectivement mineure, cela ne signifie pas nécessairement que la seule solution soit de rester en Espagne. Depuis 2007, un accord spécifique entre l’Espagne et le Maroc vise à prévenir la migration irrégulière des mineurs non accompagnés, à assurer leur protection et à organiser leur retour de manière coordonnée. Dans de nombreux cas, notamment lorsque les familles ont été identifiées et que des conditions d’accueil appropriées existent au Maroc, un retour accompagné et encadré constitue la solution la plus raisonnable. La politique de protection ne devrait pas créer l’attente selon laquelle tout enfant qui atteint Ceuta restera nécessairement en Espagne.**
Les demandes d’asile ne doivent pas devenir un moyen indiscriminé d’empêcher tous les retours. Le système doit pouvoir distinguer rapidement les personnes ayant réellement besoin d’une protection internationale de celles qui ont migré principalement pour des raisons économiques ou en raison d’un manque de perspectives. Le Pacte européen sur la migration et l’asile, qui entre en vigueur en juin 2026, exige que les personnes interceptées après une entrée irrégulière soient enregistrées et soumises à des contrôles d’identité, de sécurité, de santé et de vulnérabilité. Elles doivent ensuite être orientées soit vers la procédure d’asile appropriée, soit vers la procédure de retour. L’objectif est de concilier les garanties juridiques avec une prise de décision plus rapide. L’Espagne doit déployer immédiatement des équipes spécialisées afin de traiter les dossiers dans les meilleurs délais. Ceuta et Melilla ne peuvent assumer seules cette responsabilité.**
## LE MAROC : UN PARTENAIRE INDISPENSABLE, MAIS UNE COOPÉRATION QUI DOIT ÊTRE ÉVALUÉELe Maroc est le principal partenaire de l’Espagne en matière de migration dans la Méditerranée occidentale. Sa coopération a contribué à réduire les départs vers les îles Canaries, la péninsule Ibérique et les villes autonomes, tandis que les forces de sécurité marocaines empêchent chaque année des milliers de tentatives d’entrée irrégulière. L’expérience des dernières années montre que, lorsqu’il existe une volonté politique et une coordination opérationnelle, le Maroc dispose d’une capacité considérable pour contrôler les départs et réduire la pression sur les frontières espagnoles. C’est précisément pour cette raison que l’ampleur des événements rend indispensable un examen particulièrement attentif de ce qui n’a pas fonctionné cette fois-ci. Le ministère de l’Intérieur a souligné la « coopération exemplaire » entre les deux pays, remercié les autorités marocaines pour leurs efforts et annoncé un renforcement de la coordination ainsi que des mesures destinées à favoriser le retour des personnes entrées irrégulièrement sur le territoire.**
Cette coopération doit être maintenue. Toutefois, préserver cette relation ne signifie pas s’abstenir de poser des questions légitimes. L’ampleur de l’incident montre que les mécanismes de prévention n’ont pas fonctionné de manière suffisamment efficace. Il convient de clarifier comment un si grand nombre de personnes a pu se rassembler à proximité de Ceuta, quelles informations étaient à la disposition des autorités des deux pays, à quel moment les premiers mouvements ont été détectés et pourquoi les renforts n’ont pas permis d’empêcher cette violation de la frontière. Il est possible que le Maroc ait déployé des efforts importants et que, malgré cela, ses forces de sécurité aient été dépassées. Il est également possible que les appels lancés sur les réseaux sociaux et la rapidité de la mobilisation aient rendu toute réaction particulièrement difficile. Quoi qu’il en soit, la gravité des événements exige une évaluation bilatérale transparente, et non de simples déclarations générales sur la qualité de la coopération. L’Espagne a besoin du Maroc comme partenaire, mais elle a également besoin d’une coopération loyale, transparente, prévisible, vérifiable et efficace, en particulier lorsqu’il s’agit du contrôle d’une frontière extérieure de l’Union européenne.**
## L’ALGÉRIE ET UN CONTEXTE DIPLOMATIQUE SENSIBLE
La crise est survenue seulement quelques jours après la visite officielle de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet. À cette occasion, l’Espagne et l’Algérie ont annoncé une nouvelle phase de leurs relations ainsi que la tenue d’une réunion de haut niveau à l’automne. Les deux gouvernements ont également exprimé leur volonté de renforcer leur coopération dans les domaines de la gestion des migrations, de la lutte contre le terrorisme ainsi que des relations économiques et énergétiques. L’amélioration des relations avec l’Algérie correspond aux intérêts stratégiques de l’Espagne. L’Algérie est un partenaire énergétique essentiel et un acteur central pour la stabilité de la Méditerranée, notamment en ce qui concerne la route migratoire vers les îles Baléares. L’Espagne doit être en mesure de maintenir des relations solides à la fois avec l’Algérie et le Maroc, sans que son rapprochement avec l’un ne soit interprété comme un acte hostile à l’égard de l’autre. À cela s’ajoute la proposition de loi visant à accorder la nationalité espagnole aux Sahraouis nés sous administration espagnole. Cette initiative bénéficierait aux personnes nées au Sahara occidental avant 1977 qui peuvent démontrer leur lien avec l’ancienne administration espagnole. Ce contexte doit être pris en compte dans l’analyse des relations bilatérales avec le Maroc.**
Il existe, en outre, un précédent récent que l’Espagne ne peut ignorer. Entre les 17 et 18 mai 2021, environ 9 000 personnes sont entrées à Ceuta à pied ou à la nage. Le Parlement européen a ensuite constaté que la police marocaine avait temporairement assoupli les contrôles, ouvert les postes-frontières et cessé d’empêcher les entrées. Il a également souligné expressément qu’un mouvement d’une telle ampleur pouvait difficilement être considéré comme spontané.**
L’évolution même des déclarations marocaines a confirmé la dimension politique de cette crise. Le ministre marocain des Affaires étrangères a d’abord lié cette confrontation à l’accueil par l’Espagne de Brahim Ghali, dirigeant du Front Polisario, puis à ce que Rabat considérait comme la position de l’Espagne sur le Sahara occidental. Le Parlement européen a ensuite condamné l’utilisation du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs comme moyen de pression exercé sur l’Espagne.**
Cet épisode a démontré qu’une crise bilatérale peut rapidement se répercuter sur la frontière et que l’Espagne ne peut pas faire face seule à une forme de pression qui affecte l’ensemble de l’espace européen. Il a également rappelé que le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Espagne constitue, en même temps, une question de souveraineté et d’intégrité territoriale européennes.**
CE QUE LE GOUVERNEMENT A ANNONCÉ
Le gouvernement a envoyé des renforts policiers et militaires à Ceuta, a commencé à identifier les personnes arrivées et travaille avec le Maroc afin de faciliter le retour de celles qui peuvent être réadmises. Pedro Sánchez et le ministre de l’Intérieur se sont rendus dans la ville, et le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures de contrôle maritime dans la zone du Tarajal. Ces décisions sont nécessaires pour répondre à l’urgence. Toutefois, il ne suffit pas de renforcer la frontière une fois que le mouvement a déjà commencé. La principale leçon de Ceuta est que les mesures préventives sont plus efficaces, plus sûres et plus humaines que la gestion d’une crise une fois qu’elle s’est déjà produite.**
LE SCÉNARIO QUI DEVRAIT PRÉOCCUPER L’ESPAGNE
Cet épisode nous oblige également à envisager un scénario encore plus complexe. La majorité des personnes arrivées sont marocaines, ce qui permet de négocier leur réadmission avec un pays voisin avec lequel existent des accords et des mécanismes de coopération. Que se serait-il passé si des dizaines de milliers de personnes étaient venues de pays d’Afrique subsaharienne avec lesquels l’Espagne ne dispose d’aucun mécanisme opérationnel de réadmission, ou dont les autorités consulaires mettent des mois à confirmer les identités et à délivrer les documents de voyage ? La situation aurait été bien plus difficile à gérer. Leur retour direct vers leur pays d’origine exige de les identifier, de localiser leurs autorités consulaires et d’obtenir leur coopération. Un afflux d’une ampleur comparable, composé principalement de ressortissants de pays avec lesquels il n’existe pas de coopération efficace en matière de retour, aurait entraîné une surpopulation prolongée à Ceuta, à Melilla et dans le système d’accueil de la péninsule. De nombreuses procédures auraient pu rester bloquées pendant des mois, voire des années.**
CE QUE L’ESPAGNE DEVRAIT FAIRE
**L’Espagne doit tout d’abord mener une enquête approfondie sur le déroulement des événements. Il est essentiel de déterminer à quel moment les appels au rassemblement ont été détectés, quelles informations ont été échangées entre l’Espagne et le Maroc, quelles décisions ont été prises et à quel moment les mécanismes de réponse ont été dépassés.**
**Deuxièmement, un mécanisme permanent d’alerte précoce pour Ceuta et Melilla doit être mis en place. La surveillance des réseaux sociaux, des mouvements vers Castillejos et Beni Enzar, des rassemblements de jeunes ainsi que des changements dans les dispositifs de contrôle aux frontières doit automatiquement déclencher le déploiement de renforts et des consultations politiques.**
**Troisièmement, l’Espagne doit renforcer sa capacité de gestion des frontières. La frontière doit être conforme au droit, mais également efficace sur le plan opérationnel.**
Quatrièmement, la coopération avec le Maroc doit inclure des objectifs vérifiables, un échange d’informations en temps réel et des protocoles d’intervention automatiques. La relation bilatérale est essentielle et doit être entretenue, mais elle doit également être évaluée à l’aune de ses résultats.**
Cinquièmement, l’investissement sur le terrain est indispensable. La coopération migratoire ne peut se limiter au financement de véhicules, de caméras, de clôtures et de forces de sécurité. L’Espagne et l’Union européenne doivent investir dans des mesures de long terme, l’emploi des jeunes, l’éducation, le développement régional et les voies de mobilité légale au Maroc ainsi que dans les autres pays d’origine et de transit. Ces investissements doivent être ciblés en priorité sur les régions d’où proviennent les jeunes, poursuivre des objectifs concrets et faire l’objet d’une évaluation régulière. De petits projets dispersés et de courte durée ont peu de chances de modifier les conditions qui alimentent la migration irrégulière.**
Enfin, l’Espagne doit obtenir un soutien clair de l’Union européenne. Ceuta et Melilla sont des territoires espagnols et constituent la frontière extérieure de l’Union européenne. Leur protection ne peut être considérée comme une responsabilité exclusivement nationale. Le Pacte européen sur la migration et l’asile prévoit des mécanismes destinés à faire face aux situations de crise et à l’instrumentalisation des migrations, et affirme qu’aucun État membre ne doit être laissé seul face à une pression exceptionnelle. L’Europe doit agir de manière coordonnée face aux menaces provenant de son voisinage. Les initiatives nationales isolées et les accords bilatéraux déconnectés affaiblissent la position commune. Lorsque chaque pays agit seul, il devient plus facile pour des États tiers d’exploiter les divisions européennes. S’il était démontré qu’un État utilise délibérément les mouvements migratoires pour exercer une pression sur un État membre, la réponse devrait être européenne. Utiliser la frustration de milliers de jeunes comme un instrument politique met leur vie en danger et les transforme en pions d’un rapport de force. Le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Espagne est également une question de souveraineté et d’intégrité territoriale européennes.**
Media Courage
Les Espagnols
L’IEAM exhorte l’Espagne à « améliorer » ses capacités de gestion des frontières
Europe Presse
Des experts en migration exhortent l’Espagne à « améliorer » sa gestion des frontières et demandent un « soutien européen clair ».
Démocrate
Des experts en migration exhortent l’Espagne à renforcer ses contrôles frontaliers et exigent un soutien européen clair.
Télécinco
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L'objectif
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L'Indépendant
Ceuta et Melilla n’ont jamais fait partie de l’État marocain.
Okdiario
Des experts exhortent l’Espagne à renforcer la gestion de ses frontières.
Capitale
L’IEAM appelle l’Espagne à améliorer la gestion de ses frontières et à exiger un soutien européen clair.
Le monde
Couverture en direct de la crise migratoire à Ceuta