RapportMigration · Afrique de l'Ouest

Réformer la gouvernance de la mobilité en Afrique de l'Ouest

Un cadre d’action commun pour intégrer la dignité humaine, les réalités économiques et les besoins de protection.
23 décembre 2025IEAM TEAM15 minutes de lecture
Report cover: West Africa Mobility.

RÉSUMÉ EXÉCUTIF

L’objectif de ce document d’orientation est de proposer un cadre d’action commun visant à transformer la migration irrégulière en une mobilité ordonnée le long de l’axe Sénégal-Mali-Mauritanie-Europe, en intégrant dans son approche la dignité humaine, les réalités économiques et les besoins de protection. Ce document s’inscrit dans une série de travaux menés par l’Institut espagnol d’analyse des migrations (IEAM) et résulte d’un atelier d’intelligence collective organisé à Dakar, réunissant chercheurs, représentants gouvernementaux, organisations internationales et humanitaires, acteurs communautaires, secteur privé et diasporas. La démarche visait à consolider un diagnostic partagé, à identifier des points de vigilance à court terme et à formuler des recommandations ainsi que des projets pilotes opérationnels.
Ce diagnostic s’inscrit dans un contexte de réactivation de la route atlantique comme voie d’accès principale à l’UE, marqué par une recrudescence des arrivées aux îles Canaries depuis 2023-2024 et une diversification des profils (jeunes, femmes, enfants, nouveaux pays d’origine). Toutefois, en 2025, les départs depuis l’Algérie vers l’Espagne demeurent prépondérants. Dans ce paysage en pleine recomposition, la gouvernance de la mobilité pâtit moins d’une absence de textes que d’un manque de cohérence dans leur mise en œuvre, d’une fragmentation des relations bilatérales et d’effets de déplacement qui orientent les flux vers d’autres zones — parfois plus dangereuses — sans pour autant réduire les facteurs structurels à l’origine des départs.

MESSAGES STRATÉGIQUES

Souveraineté par la cohérence régionale : instaurer une coordination pragmatique axée sur les effets transfrontaliers, afin de préserver le bon voisinage, les économies frontalières et la stabilité locale ; cibler en priorité les réseaux criminels (et non les personnes) grâce à une coopération judiciaire renforcée, et réduire les extorsions aux points de contrôle comme condition d’efficacité.
La diaspora et l’ancrage communautaire comme passerelle de confiance : mettre en lien les associations de la diaspora, les municipalités et les acteurs communautaires des zones d’origine afin de diffuser des informations fiables, de soutenir le mentorat et l’investissement, de renforcer les alternatives locales et de promouvoir des retours durables, soutenus par l’environnement socio-économique.
Ancrage territorial de la mise en œuvre : mieux articuler l’offre et la demande en associant entreprises, municipalités et services déconcentrés, afin d’harmoniser les profils, les postes, les exigences consulaires et les parcours viables.
Rendre la mobilité régulière crédible et accessible : réformer les pratiques consulaires (prévisibilité, transparence, communication, réduction des délais) et réduire la marge de manœuvre des intermédiaires frauduleux.
Données pour une prise de décision réaliste et l’anticipation des itinéraires : institutionnaliser une triangulation systématique et mettre en place un mécanisme de suivi léger, assorti de rapports périodiques partagés entre les pays de la région.
Auteur

IEAM Team

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