EntretienEntretien · Flux atlantiques

Sahel-Espagne : l'évolution des itinéraires vers les îles Canaries, la péninsule et les îles

Le directeur de l’IEAM analyse la manière dont la pression exercée sur la Mauritanie et l’instabilité au Sahel influencent les flux migratoires vers les îles Canaries.
20 septembre 2025IEAM TEAMTemps de lecture : 7 minutes
Beatriz de León Cobo lors de la session sur le Sahel et la route vers les îles Canaries.
Beatriz de León Cobo, directrice de l’Institut espagnol d’analyse des migrations (IEAM), a participé à une session organisée par le gouvernement des îles Canaries sur la géopolitique du Sahel et son incidence sur la route migratoire vers l’archipel. Dans cet entretien accordé au journal *La Provincia*, elle analyse les facteurs qui expliquent les dynamiques actuelles.

Comment l'instabilité au Sahel influence-t-elle les flux migratoires vers les îles Canaries ?

Trois facteurs expliquent cette augmentation : la crise de la gouvernance au Sahel, où la lutte antiterroriste prime sur les services publics et la gestion des migrations ; la crise économique et sécuritaire ; ainsi que des facteurs structurels tels que la crise climatique. La majorité des personnes concernées sont des migrants économiques, originaires notamment du Mali.

Renforcer Frontex suffit-il ?

Utile en cas d’urgence, mais insuffisant à lui seul. Une stratégie globale est nécessaire aux stades du départ et du transit, combinant soutien opérationnel, coordination internationale et développement. Il existe des cadres de coopération entre l’UE et la Mauritanie ainsi qu’entre l’Espagne et le Sénégal, mais ils doivent être élargis.

Une réponse limitée de la part de l'UE ?

L’UE reflète des priorités diverses (Ukraine, Moyen-Orient, aide internationale). L’Europe se réarme et redéfinit ses priorités ; la pression de l’opinion publique et des médias dans chaque État membre est déterminante pour maintenir le Sahel à l’ordre du jour.

Pourquoi n'y a-t-il pas de stabilité malgré les missions de l'ONU et de l'UE ?

Plutôt qu’un échec, les résultats sont limités : en l’absence de pérennité ou d’appropriation locale, l’impact ne perdure pas une fois que le bailleur de fonds se retire. Il est nécessaire de consolider les programmes afin qu’ils puissent se poursuivre lorsque l’attention se porte ailleurs.

Le djihadisme au Sahel menace-t-il les îles Canaries ?

Non : les organisations ont déclaré ne pas avoir l’intention de s’en prendre à l’Europe à la suite du retrait international ; elles se concentrent sur la région et sur une expansion vers le sud (Bénin, Ghana, Togo).

Pourquoi les arrivées aux îles Canaries sont-elles en baisse ?

Cela fait suite aux pressions exercées par le gouvernement mauritanien en réaction à l’augmentation des départs depuis le Sénégal et le Mali. La route algérienne étant très dangereuse, les réseaux de trafiquants ont cherché des alternatives. Il est trop tôt pour savoir si cette tendance se poursuivra.
La pression exercée par le gouvernement mauritanien a conduit à un renforcement des contrôles à la suite de l’augmentation des départs depuis le Sénégal et le Mali.
Auteur

IEAM Team

Communications